Du 6 juillet au 4 octobre 2026 |  

LA NATURE D’EDWARD STEICHEN

L'exposition vue par le commissaire

La carrière d’Edward Steichen est extraordinaire à plus d’un titre : pionnier du pictorialisme, photographe de mode et portraitiste, designer ou encore commissaire d’exposition, il n’a cessé d’expérimenter dans toutes les disciplines. Cette exposition inédite révèle combien la nature faisait partie de sa vie personnelle et professionnelle, à travers une sélection d’œuvres rarement montrées issues des collections luxembourgeoises, son pays d’origine, et de prêts exceptionnels de l’Estate of Edward Steichen. Peintre à l’origine, Edward Steichen a exploré, en photographie, les dimensions picturales de l’image et les interactions entre ombre et lumière. Si son approche s’est progressivement orientée vers une vision plus réaliste et documentaire, sa fascination pour la lumière et l’atmosphère de la nature n’a cessé d’influencer sa vision artistique.

Le passage du temps et l’observation patiente de la nature par Steichen s’illustrent parfaitement dans son projet tardif et inachevé consacré à son amélanchier (Shadblow tree). Au fil des saisons, il a étudié méthodiquement les transformations de cet arbre, le filmant pendant plus de cinq ans : l’expérience de la nature y apparaît comme une performance continue et dynamique, saisie instant après instant.

Ruud Priem © 2026 Philippe Praliaud

Ses compositions célèbrent la géométrie naturelle de certaines plantes (tournesols, lotus, etc.) dans toute leur complexité, avec une fascination particulière pour les delphiniums : il les a non seulement largement photographiés, mais il les a aussi cultivés et hybridés lui-même tout au long de sa vie. Steichen ne s’est pas contenté de saisir la nature telle qu’elle existait ; il l’a également mise en scène dans des portraits intimes de membres de sa famille et d’amis proches, ainsi que dans des photographies de commande. Chez lui, la nature fait à la fois office de décor et de complice, soulignant les liens affectifs et une sensibilité partagée pour la nature. Son lien personnel à la nature allait bien au-delà de l’objectif. Ses autoportraits, ses magazines et les vues de ses expositions révèlent sa quête, constante et passionnée, de beauté. Pour Steichen, culture des fleurs et photographie étaient étroitement liées : il s’agissait de deux manières de donner vie à l’art de la nature et de le partager avec le monde.

Ruud Priem, commissaire de l’exposition La Nature d’Edward Steichen.

  • « quand on commence à comprendre la nature, le progrès est infini. »

    Auguste Rodin à Edward Steichen.

Du 6 juillet au 4 octobre

LISA OPPENHEIM - MONSIEUR STEICHEN

L’exposition vue par la commissaire

Bettina Steinbrügge © Marion Dessard

Travaillant la photographie, le textile et les compositions florales, Lisa Oppenheim propose un portrait subjectif et abstrait d’une des figures les plus célèbres de la photographie du XXe siècle : le surprenant photographe et commissaire d’exposition américain d’origine luxembourgeoise, Edward Steichen (1879-1973).

Avec Monsieur Steichen, Lisa Oppenheim explore les potentialités de la photographie, en se concentrant sur les aspects moins connus de la pratique de Steichen – sa passion pour les fleurs, ses créations textiles et ses expérimentations avec la photographie couleur. L’artiste compose à partir des « fils perdus » de Steichen: « Je compte faire avec son œuvre ce qu’il a fait tout au long de sa vie : assimiler et recomposer un large éventail de pratiques et d’idées », explique-t-elle.

Croisant Dye Transfer, procédé utilisé par Steichen lors de ses expérimentations dans les années 1930-1940, et l’intelligence artificielle, Oppenheim redonne vie à un iris aujourd’hui disparu baptisé Monsieur Steichen, créé en 1910 par le botaniste Fernand Denis. Elle emploie l’IA pour générer des «hybrides hypothétiques » fusionnant les images des deux variétés d’iris originelles. Les images ainsi générées sont ensuite transformées par Dye Transfer, utilisant l’imprégnation successive de colorants cyan, magenta et jaune pour perturber la vraisemblance, tant génétique que photographique.

Une autre série revisite les motifs textiles imaginés par Steichen en 1926-1927 pour le fabricant de soie Stehli Silks. En s’appuyant sur les photographies de Steichen, Oppenheim a développé huit tissus avec la créatrice de mode Zoe Latta à partir de certains motifs jamais traduits en textiles. Le résultat évoque des interférences électroniques et des formes organiques observées au microscope. L’exposition présente également les Steichen Studies, qui mêlent photographies d’archives et expérimentations en chambre noire, ainsi que la composition florale évolutive Bouquet of Flowers (a photographic score). Lisa Oppenheim explore l’hybridation – entre les techniques, entre les disciplines et entre les pratiques artistiques – pour nous inviter à repenser l’image comme un médium en perpétuelle transformation.

Bettina Steinbrügge, commissaire de l’exposition Lisa Oppenheim – Monsieur Steichen